LA MAISON DU BAILLI ou MANOIR DE TOULOUSE LAUTREC          Inscrite aux Monuments Historiques – 2018 

En bordure intérieure du village fortifié de Boussagues, la maison du bailli se distingue avec sa tour ronde ses fenêtres à meneau et ses toits de faible pente en « lauzes », pierres plates grossières.

Description de l’édifice

Le manoir a été construit sur au moins 3 époques à partir du rempart de la citadelle (XIIIème/XIVème siècle) sur lequel a été appuyé une tour ronde de fin XVème siècle desservant 2 parties habitées remontant aux XIVème au XVIème.

  • La Tour avec un escalier à vis et marches monolithiques, typique de l’époque avec une porte à encadrement de pierre servant de porte d’entrée. Deux fenêtres à encadrement mouluré et larmier marquent les étages et deux plus petites simples éclairent la montée aux combles et au pigeonnier. La tour est recouverte, comme les autres parties du toit, de lauzes en faible pente. Le haut de la tour a été refait au XVIIème et abrite un pigeonnier de 172 alvéoles de facture médiévale. Il est accessible par une échelle et s’ouvre à l’extérieur par 9 boulins au sud. Les pigeonniers de ce type et aussi anciens sont très rares en Languedoc. Ils étaient l’apanage des Seigneurs Hauts Justiciers. Le petit pont enjambant la rue à hauteur du 2ème étage s’appuyant sur la maçonnerie XVème donnait sur une maison qui brûla fin XIXèmes. comme plusieurs autres du quartier.

  • Les deux étages ainsi que les combles et les caves sont conçus sur le même schéma et remontent au XIVème et XVème siècles.

  • Entre la tour et le rempart (nord), se trouvent superposées à chaque étage une pièce avec fenêtres à meneaux superposées en ouest et d’autres au nord (rempart) de même genre avec des larmiers sculptés.- 1er étage : La porte de la tour accédant au 1er étage donne sur une partie renaissance (XVIème). La première pièce est aménagée en cuisine et permet l’accès aux autres pièces. Elle contient une cheminée haute traditionnelle et à l’intérieur de la fenêtre en croix à meneau, des coussièges ou « causeuses», pierres permettant de s’asseoir près de la fenêtre et de bénéficier de la pleine lumière du jour. Les pièces nord sont séparées de simples cloisons en brique modifiées au cours des âges et notamment au XIXème siècle pour séparer des cellules de nonnes de salles de classe. Elles sont dotées de hautes fenêtres ornées de larmiers incomplets. Le prolongement sud–est est de construction intermédiaire (XIIIème/XIVème s.) (*) avec un guichet gothique et deux fenêtres à simple encadrement de pierre.- 2ème étage : deux portes à encadrement de pierre donnent l’accès à deux chambres renaissance côté sud avec coussiège, évier en pierre et cheminée et côté nord à une grande salle donnant sur le rempart desservant un petit salon. La partie sud est directement couverte du toit de lauzes. L’escalier conduit aux combles côté nord puis au pigeonnier.- Combles: ils couvrent en une seule pièce toute la partie nord donnant sur le rempart et contiennent une charpente massive en châtaigner et le jour est donné par 2 petits fenestrons.

    (*) Une sorte de « torsion » de la nappe de couverture du toit au niveau du raccordement avec la partie renaissance permet de dater antérieurement cette partie sud-est.

  • Histoire

Le manoir fut la propriété durant des siècles de la famille D’Alichoux de Sénégra, coseigneurs de Boussagues, barons de Sénégra, Rocassels et autres lieux, dont le blason figure sur une dalle du chœur de l’église paroissiale. De construction contemporaine des rois Louis VI/Louis VII alors que Boussagues connaissait son apogée avec plus de 1300 âmes avec ses consuls et baillis dotés de larges pouvoirs et était archiprêtré. Des événements du milieu du XIVème, dont les épidémies, stoppèrent le développement continu des 3 siècles précédents. La baronnie et le village ne s’en remirent jamais complètement.Ce manoir fut la propriété de plusieurs familles nobles : Villechoy (1664), Clermont-Rieussec, (1698), baron de Bezouls, et revint aux barons de Sénégra en 1714, dont le dernier représentant fut Grand Maître de Hollande sous le règne de Louis Bonaparte (début XIXème s.). Bien national à la Révolution, il fut racheté par ses anciens propriétaires vers 1860.  Armandine de Sénégra légua ce manoir à son petit neveu et filleul Henri de Toulouse Lautrec, peintre célèbre de la fin du XIXème siècle (Le Moulin Rouge, La Goulue, etc.). Ses héritiers le vendirent en 1941 aux actuels propriétaires. Le fantôme de Henri de Toulouse Lautrec  La mère du peintre entretenait dans ce manoir une petite congrégation de religieuses, chargées de faire l’école aux enfants du pays et aussi de prier pour l’âme de son fils, à la vie parisienne dissolue. Après la mort du peintre (1901), ces sœurs restèrent dans le manoir jusqu’à leur mort. La dernière, Sœur Delphine, eut plusieurs fois en 1914 l’apparition d’un homme lui faisant le signe de la soif. Après plusieurs refus, cet homme tordit de rage le balancier de la pendule de la chambre et s’en fut. Le récit et la description de cet homme qu’elle fit au curé du village, rappela étrangement la tenue et l’allure physique caractéristique du peintre qu’elle n’avait pourtant jamais vu ! Le curé du village rapporta l’histoire à la famille et fut chargé de nouvelles prières pour l’âme du peintre. Mais toujours est-il que la force qui avait pu tordre ce balancier dépassait largement celle d’une vieille dame ! …

 

  • Le sauvetage du manoir  La bâtisse fut sauvée d’un effondrement prématuré en 1941, grâce à un maçon maîtrisant ces toitures ancestrales rémunéré par des bidons d’essence ! La restauration complète du manoir débuta à la fin des années 1950 après que le toit des parties sud se fut effondré en 1957/58 emportant le plancher et laissant 2 trous béants jusqu’au 1er étage.  Toutes les zones faibles furent renforcées progressivement : injections de ciment et tirants dans les murailles, ferrures incorporées aux portes aux linteaux de pierre cassés, charpentes et fenêtres toutes revues, sols refaits à l’identique, cheminées remontées. Elle devint habitable à partir des années 60, quand elle put être équipée d’un confort moderne.
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